La greffe en fente est l’une des techniques de multiplication les plus anciennes et les plus efficaces pour les pommiers. Elle permet de reproduire fidèlement une variété appréciée, de rajeunir un vieil arbre ou simplement de diversifier les variétés cultivées dans son verger. Cette méthode ancestrale, transmise de génération en génération, demeure aujourd’hui encore la préférée des arboriculteurs amateurs et professionnels.
Le principe de la greffe en fente
La greffe en fente consiste à insérer un ou deux greffons dans une fente pratiquée au sommet d’un porte-greffe. Le greffon, ce petit rameau prélevé sur l’arbre que l’on souhaite multiplier, va fusionner avec le porte-greffe pour former un nouvel arbre. Cette union crée une symbiose parfaite : le porte-greffe apporte la vigueur et l’enracinement, tandis que le greffon transmet les caractéristiques du fruit désiré.
Cette technique se pratique idéalement à la fin de l’hiver ou au tout début du printemps, lorsque la sève commence à circuler mais avant le débourrement des bourgeons. Dans la plupart des régions, la période s’étend de février à avril, selon le climat local.
Le matériel nécessaire
Pour réussir une greffe en fente, il convient de rassembler quelques outils essentiels. Un greffoir bien affûté est indispensable : sa lame tranchante permettra des coupes nettes et précises, condition sine qua non d’une bonne cicatrisation. Une serpette peut également s’avérer utile pour préparer le porte-greffe. Enfin, vous aurez besoin de raphia ou de bandes élastiques spéciales pour ligaturer la greffe, ainsi que du mastic à greffer pour protéger les plaies.
« Une greffe réussie commence par un greffoir parfaitement aiguisé. La netteté de la coupe détermine la rapidité de la soudure entre les deux bois. »
La préparation des greffons
Les greffons se prélèvent en hiver, durant le repos végétatif de l’arbre. Choisissez des rameaux de l’année précédente, bien droits, vigoureux et portant plusieurs bourgeons bien formés. Ces rameaux doivent avoir environ la grosseur d’un crayon. Une fois coupés, ils se conservent dans du sable humide, au frais et à l’obscurité, jusqu’au moment de la greffe.
Juste avant de greffer, taillez chaque greffon pour ne garder que 8 à 10 centimètres avec deux ou trois beaux bourgeons. L’extrémité inférieure sera taillée en biseau sur deux faces opposées, formant ainsi une pointe aplatie qui s’insérera parfaitement dans la fente du porte-greffe.
La technique pas à pas
Commencez par préparer le porte-greffe en le coupant horizontalement à l’aide d’une scie ou d’un sécateur, selon son diamètre. La coupe doit être nette et perpendiculaire à l’axe du tronc. Ensuite, avec votre greffoir, pratiquez une fente verticale au centre de la section, sur une profondeur de 4 à 5 centimètres.
Insérez délicatement un ou deux greffons dans cette fente, en veillant à ce que les cambiums (la fine couche verte située sous l’écorce) coïncident parfaitement. C’est à cet endroit précis que la soudure se fera. Sur un porte-greffe de bon diamètre, vous pouvez placer deux greffons de part et d’autre de la fente pour maximiser vos chances de réussite.
Ligaturez fermement l’ensemble avec du raphia ou une bande élastique, puis recouvrez toutes les surfaces coupées avec du mastic à greffer. Cette protection empêchera le dessèchement et l’intrusion de parasites.
Conseils pour réussir
- Travaillez rapidement pour éviter que les tissus ne se dessèchent à l’air libre
- Assurez-vous que vos outils sont parfaitement propres et désinfectés
- Ne touchez jamais les surfaces de coupe avec vos doigts
- Respectez la polarité : le greffon doit être inséré dans le bon sens, bourgeons vers le haut
- Privilégiez une journée sans vent et sans pluie pour greffer
- Surveillez régulièrement l’évolution de la greffe durant les premières semaines
Les soins après la greffe
Dans les semaines qui suivent, observez attentivement vos greffes. Les bourgeons doivent commencer à gonfler puis à s’ouvrir. Si deux greffons ont pris, vous pourrez supprimer le moins vigoureux au bout de quelques mois. Pensez à retirer progressivement les ligatures pour ne pas qu’elles étranglent l’arbre en croissance.
La première année, éliminez tous les rejets qui apparaissent sous le point de greffe : ils épuiseraient inutilement l’arbre. Avec un peu de patience et d’attention, vous verrez votre greffe se développer et, dans quelques années, vous dégusterez les premiers fruits de votre travail.


